Quand on discute des sujets brûlants comme les frais de scolarité pour les étudiants étrangers en France, les pactes mondiaux sur les migrants ou la fuite des cerveaux, on passe souvent à côté d’un élément fondamental : le lien entre migration et éducation ! La relation est pourtant centrale, et à bien des égards, mal pensée… Or, les recherches récentes montrent à quel point les deux sont étroitement liées, et qu’il est urgent de repenser nos politiques éducatives et migratoires pour qu’elles marchent main dans la main. Le point sur le sujet avec Denis Bouclon !
Des migrants de plus en plus diplômés
La migration mondiale n’a pas tant explosé ces dernières décennies, mais le profil des migrants, lui, a bien changé. Les migrants des pays en développement, qui se dirigent vers les pays riches, sont de plus en plus qualifiés. Leur niveau d’éducation se rapproche désormais de celui des natifs. Et ce n’est pas que dans les flux Sud-Nord qu’on voit cela : même entre pays en développement, les diplômés du supérieur émigrent bien plus que le reste de la population.
Et plus on est diplômé, plus on bouge ! Les diplômés du supérieur sont deux fois plus mobiles dans leur propre pays et cinq fois plus à l’international que ceux qui n’ont qu’un diplôme primaire. Pourquoi ? Parce que les compétences sont mieux valorisées ailleurs, que les diplômés ont plus de moyens pour financer leur départ, et qu’ils sont plus au courant des opportunités. Ajoutez à cela des politiques migratoires qui favorisent l’immigration qualifiée, comme au Canada ou en Australie, et vous avez le tableau complet.
Mais attention, la migration, c’est aussi un tremplin pour mieux se former. De plus en plus d’étudiants partent à l’étranger pour décrocher des diplômes. Ils étaient 1,2 million en 1990, puis 5 millions en 2014, avec des contingents massifs d’Asie et d’Amérique latine. Pour eux, la mobilité est une porte ouverte vers un avenir meilleur !
Migration et éducation, un effet boomerang
La migration a des effets qui peuvent jouer dans les deux sens. D’un côté, on parle souvent de la « fuite des cerveaux » quand les pays d’origine perdent leurs talents. De l’autre, ces migrations peuvent avoir des retombées positives. Prenez les fonds envoyés par les diasporas : au Salvador, chaque dollar envoyé a généré 3,72 dollars de dépenses supplémentaires dans l’éducation. Pas mal, non ?
Il y a aussi le retour des migrants diplômés, qui ramènent avec eux des compétences et des capitaux pour booster le développement de leur pays. Seulement voilà, parfois, le départ d’un parent migrant peut avoir des effets pervers sur les enfants restés au pays. En Jordanie, par exemple, les filles dont les pères ont migré vers des pays plus conservateurs sont plus susceptibles de quitter l’école. En Chine et en Albanie, où la migration temporaire est courante, l’absence des parents fait baisser les taux de scolarisation.
La pression sur les systèmes éducatifs des pays d’accueil
Dans les pays d’accueil, c’est une autre histoire. L’afflux de migrants met souvent les systèmes éducatifs sous pression. Des pays comme le Liban ou l’Ethiopie, par exemple, voient débarquer des centaines de milliers d’enfants réfugiés qu’il faut intégrer en urgence. Et si les budgets n’augmentent pas derrière, la qualité de l’éducation en prend un coup. Les classes surchargées, les professeurs débordés, ça ne peut pas fonctionner sur le long terme.
Un autre enjeu, c’est l’intégration des enfants migrants. Ils doivent s’adapter à une nouvelle langue, à un nouveau système éducatif, tout en affrontant les discriminations. Pas facile. Selon leur âge d’arrivée et le niveau d’éducation des parents, ils peuvent se retrouver en difficulté. Mais si on prend en compte leur situation socio-économique, les écarts avec les natifs se réduisent. D’ailleurs, des études au Royaume-Uni et en Autriche montrent qu’il n’y a pas d’effet significatif sur les élèves natifs, sauf dans les cas d’afflux massifs de migrants.


